Révolution typographique post-binaire
- Umi Creative Studio

- 29 mai 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 mai 2025
Quand l’écriture inclusive devient un levier esthétique, politique et identitaire pour les marques

Réécrire les signes pour mieux représenter le réel
À mesure que nos sociétés actuelles prennent conscience de la pluralité des identités de genre, le langage évolue. Et cette mutation ne s’arrête pas qu'aux mots ! Elle touche aussi nos visuels, la matière typographique, un territoire où le graphisme devient discours.
Bienvenue dans l’ère de la typographie post-binaire, où l’écriture inclusive se traduit par des "glyphes hybrides", "des ligatures alternatives", "des fontes queer" pensées pour refléter nos réalités contemporaines.
Ce mouvement encore peu connu du grand public, émerge pourtant avec force dans les milieux du design graphique, de l’édition indépendante et des collectifs militants.
Il ne s’agit pas simplement de “rendre l’écriture neutre”, mais de lui ouvrir de nouveaux espaces symboliques, capables de visibiliser les existences queer, non-binaires, genderfluid, agenres, etc.
Derrière chaque forme, un message. Voici quelques exemples concrets de cette réécriture du langage visuel :
L’accessibilité : vrai obstacle ou argument de façade ?
Parmi les critiques adressées à l’écriture inclusive et aux typographies post-binaires, l’argument de l’illisibilité pour les personnes dyslexiques ou en situation de handicap revient souvent...mais qu’en est-il réellement ?
Le Réseau d’Études HandiFéministes (REHF) rappelle toutefois que cet argument est fréquemment brandi par des personnes non concernées, qui se servent du handicap pour clore le débat sans en maîtriser les enjeux. Le REHF souligne que les logiciels de synthèse vocale, souvent mis en cause, pourraient tout à fait évoluer pour mieux prendre en charge ces nouvelles formes d’écriture. Selon le collectif, plutôt que d’écarter ces expérimentations au nom d’une supposée inaccessibilité, il serait pertinent de mener des études concrètes sur leur lisibilité, en incluant des publics réellement concernés. Innover, c’est aussi penser l’inclusion autrement, à partir des usages et non des préjugés. Alors, comment construire un langage à la fois accessible, capable de refléter la richesse de nos identités, sans exclure personne ?
L’écriture comme technologie d’émancipation

En novembre 2023, les Éditions B42 publient La Typographie post-binaire de Camille Circlude, qui retrace six ans d’expérimentations typographiques (de 2017 à 2023).
L’auteur·ice, membre du collectif franco-belge Bye Bye Binary, dresse un état des lieux de ce mouvement typographique qui gagne en visibilité et en influence. Son objectif : repenser les codes graphiques pour mieux inclure celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans les normes linguistiques genrées.
Le livre s’appuie sur plusieurs typographies spécialement créées pour accompagner cette réflexion, telles que :
BBB Baskervvol,
Amiamie / Amiamie Round,
Adelphe, et une centaine de caractères hybrides recensés dans un inventaire des pratiques typographiques inclusives, à retrouver sur typo-inclusive.net pour les curieu·ses d’entre vous.

Alors, quel intérêt pour les marques ?
Au-delà des déclarations d’intention, l’inclusivité se joue dans les détails.
Adopter des typographies post-binaires ne relève pas d’un simple effet de mode graphique, mais d’un positionnement politique et esthétique. Qui a décrété que les marques devaient rester en dehors des combats sociaux ?
Dans un monde où les discours sont scrutés, la cohérence entre fond et forme devient un critère majeur de crédibilité. Une marque qui choisit d’adopter ces typographies se distingue nettement dans un écosystème saturé par des discours ultra-standardisés. Loin des polices conventionnelles, souvent lisses et prévisibles, les typographies post-binaires ouvrent une voie au changement. Elles sont un parfait territoire d'exploration graphique, bien ancré dans nos enjeux contemporains, et donc un atout à la fois esthétique, politique… et marketing.
Mais ce n’est pas qu’une question de différenciation.
C’est aussi une manière authentique de créer du lien avec des communautés qui sont déjà souvent marginalisées par la communication traditionnelle. Les personnes queer, non-binaires, agenres, genderfluid ou même allié·es perçoivent immédiatement la portée symbolique de ces choix typographiques. Et quand ce geste est sincère et pleinement intégré, il devient alors un levier puissant d’identification et d’adhésion, bien plus solide que les artifices d’un marketing opportuniste.

L’écriture inclusive s’installe dans le paysage
Ces dernières années, plusieurs marques comme TikTok, Klarna ou Verisure l’ont intégrée dans leurs campagnes. Et des institutions, de Canal+ au Cnam, en passant par le bailleur social 3F, l’utilisent également en interne. Ces choix de communication ne sont pas anodins : adopter ces formes d’écriture, c’est assumer une parole plus attentive aux réalités sociales et aux identités plurielles. Les polices post-binaires pourraient donc bien devenir, elles aussi, des alliées puissantes d’un branding en quête de sens.





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